Cancer de la vessie

Contexte
Qu’est-ce que le cancer de la vessie?

Chez les Canadiens, le cancer de la vessie est le cinquième diagnostic de cancer le plus fréquent. Les hommes ont trois fois plus de risques que les femmes de recevoir un diagnostic de cancer de la vessie. Le facteur de risque le plus important et le mieux établi pour ce cancer est le tabagisme. Parmi les autres facteurs de risque non professionnels, citons l’exposition à l’arsenic présent dans l’eau potable et les radiations lors de traitements médicaux pour des maladies abdominales.

Le cancer de la vessie est une maladie professionnelle grave. Il existe des preuves solides d’une association entre le cancer de la vessie et plusieurs expositions sur le lieu de travail, notamment l’exposition aux teintures, aux peintures et aux produits chimiques utilisés dans la fabrication de l’aluminium et du caoutchouc. Il existe également des preuves de plus en plus nombreuses que les gaz d’échappement des moteurs diesel et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (produits par la combustion d’huiles, de bois et d’autres produits organiques) peuvent entraîner le cancer de la vessie. Le Centre de recherche sur le cancer professionnel estime qu’entre 3 et 12 % des cancers de la vessie au Canada sont attribuables à des expositions professionnelles (Labrèche et coll., 2019).

Bien que l’utilisation de certains agents cancérigènes pour la vessie connus ait diminué depuis les années 1980, d’autres agents présumés restent répandus sur le lieu de travail. Les recherches menées par le Centre de recherche sur le cancer professionnel indiquent qu’environ 280 cas de cancer de la vessie au Canada par an peuvent être attribués à l’exposition aux seuls gaz d’échappement des moteurs diesel et hydrocarbures aromatiques polycycliques sur le lieu de travail.

 

Facteurs de risques professionnels connus
    • Amines aromatiques (benzidine, Auramine O, 2-naphthylamine, o-toluidine, 4-aminobiphényle)
    • Arsenic et composés inorganiques de l’arsenic
    • Production d’aluminium
    • Peinture (profession)
    • Production de caoutchouc 
Facteurs de risques professionnels possibles
    • Gaz d’échappement des moteurs diesel
    • Hydrocarbures aromatiques polycycliques
    • Tétrachloroéthylène
    • Coiffeurs et barbiers (profession)
    • Soudeurs (profession)
Principales conclusions

On observe un risque accru de cancer de la vessie chez les travailleurs des transports, de la construction, de la métallurgie, de l’entretien, de la gestion et de l’administration. Un risque accru de cancer de la vessie est observé chez certains travailleurs des secteurs de la transformation du caoutchouc et du plastique, bien que les estimations pour les travailleurs de ce secteur dans leur ensemble aient été plus faibles que prévu.

 

Transports

Dans l’ensemble, les travailleurs du secteur des transports présentent un risque accru de cancer de la vessie. Les chauffeurs de camion, de bus et de taxi présentent tous un risque accru de développer la maladie. De plus, les travailleurs des secteurs de l’exploitation des transports aériens et ferroviaires présentent un risque accru. De nombreux travailleurs du secteur des transports sont régulièrement exposés aux gaz d’échappement des moteurs diesel, dont on soupçonne qu’ils sont cancérigènes pour la vessie.

    • Toutes les professions du transport : 1,3 fois le risque
      • Camionneurs : 1,3 fois le risque
      • Conducteurs d’autobus : 1,4 fois le risque
      • Chauffeurs de taxis et chauffeurs particuliers : 1,5 fois le risque
      • Personnel d’exploitation des transports aériens : 3,4 fois le risque
      • Personnel d’exploitation des transports ferroviaires : 1,3 fois le risque  
Construction

En général, les travailleurs de la construction ont présenté une légère augmentation de cancer de la vessie. Les travailleurs des métiers de l’excavation, du nivellement et du pavage présentent un risque accru, tout comme les maçons, les tailleurs de pierre et les carreleurs. Les finisseurs de béton, les plombiers et les peintres présentent également un risque accru.

    • Toutes les professions de la construction : 1,1 fois le risque
      • Excavateurs, niveleurs et travailleurs assimilés : 1,6 fois le risque
      • Maçons et carreleurs : 1,4 fois le risque
      • Lisseurs de béton et travailleurs assimilés : 1,7 fois le risque
      • Tuyauteurs et plombiers : 1,3 fois le risque
      • Peintres et tapissiers : 1,2 fois le risque
Fabrication métallique

Les métallurgistes sont exposés à une multitude de risques professionnels, notamment les poussières métalliques, les fumées de soudure et les solvants chimiques. Les travailleurs des industries métallurgiques présentent un risque accru de cancer de la vessie. Plus précisément, les contremaîtres des métiers de l’usinage, de la transformation et du façonnage des métaux présentent un risque accru. De nombreux contremaîtres peuvent avoir travaillé dans les métiers qu’ils supervisaient avant de devenir contremaîtres. En outre, les chaudronniers, les platineurs et les métallurgistes, les forgerons et les ouvriers des usines sidérurgiques présentent également à un risque accru de cancer de la vessie.

    • Contremaîtres d’usineurs de métaux : 1,5 fois le risque
    • Contremaîtres des métallurgistes : 1,2 fois le risque
    • Contremaîtres de façonneurs et de formeurs de métal : 1,5 fois le risque
    • Chaudronniers, tôliers et ouvriers en charpente métallique : 1,8 fois le risque
    • Forgeurs : 1,9 fois le risque
    • Sidérurgie : 1,3 fois le risque
Préposés à l’entretien et nettoyeurs

Les préposés à l’entretien et nettoyeurs présentaient également un risque accru de cancer de la vessie dans le SSMP. Ils manipulent fréquemment des produits de nettoyage, ce qui peut entraîner une inhalation et une exposition cutanée à ces produits chimiques.

    • Concierges, employés des services domestiques et du nettoyage : 1,3 fois le risque
Industries du caoutchouc et des plastiques

Des preuves antérieures ont montré que les travailleurs des industries de fabrication du caoutchouc et du plastique présentent un risque accru de cancer de la vessie. Historiquement, les procédés de fabrication de ces industries comprenaient des amines aromatiques, qui sont aujourd’hui connues pour être cancérigènes pour la vessie. Cependant, l’utilisation de nombreuses amines aromatiques dans les processus de fabrication au Canada a diminué depuis les années 1980 en raison d’un contrôle législatif. Nous n’avons pas mis en évidence de risques élevés de cancer de la vessie chez tous les travailleurs des industries de fabrication de plastique et de caoutchouc en Ontario, bien que nous ayons observé un risque élevé dans certains groupes professionnels spécifiques. Cela pourrait s’expliquer par les changements législatifs mis en place visant à interdire certains produits chimiques cancérigènes dans ces industries.

    • Industrie du caoutchouc et des produits en matière plastique : pas de risque élevé
    • Industrie des produits en caoutchouc : pas de risque élevé
    • Fabrication d’articles en matière plastique : pas de risque élevé
    • Travailleurs spécialisés dans le traitement des produits chimiques, de pétrole, du caoutchouc, du plastique et de matières analogues : 1,2 fois le risque
    • Contremaîtres de travailleurs spécialisés dans la fabrication, l’assemblage et la réparation d’articles de caoutchouc, de plastique et de produits similaires : 1,7 fois le risque
    • Fabricants de matières plastiques et de résines synthétiques : 1,5 fois le risque
Professions de cols blancs

Des risques accrus de cancer de la vessie ont été observés chez les vendeurs, les cadres, les administrateurs et les travailleurs du secteur de l’enseignement et des services connexes. Il n’y a pas de facteurs de risque professionnels clairs pour le cancer de la vessie dans ces groupes. Ces résultats pourraient être liés à l’exposition à l’environnement, au mode de vie ou au tabac.

    • Vendeurs et commis-vendeurs de biens de consommation : 2,1 fois le risque
    • Cadres administratifs et travailleurs assimilés : 1,5 fois le risque
    • Administration provinciale : 1,1 fois le risque
    • Enseignement et services annexes : 2,4 fois le risque
Risque relatif par industrie et par emploi

Figure 1. Risque de diagnostic de cancer de la vessie chez les travailleurs employés dans chaque groupe d’industries par rapport à tous les autres, Système de surveillance des maladies professionnelles (SSMP), 1999-2016

Pour obtenir le rapport de risque, on divise l’estimation du temps moyen nécessaire pour diagnostiquer la maladie chez les travailleurs de chaque groupe d’industries/professionnel par celui nécessaire pour diagnostiquer la maladie chez tous les autres groupes pendant la période de l’étude. Les rapports de risque supérieurs à 1,00 indiquent un risque accru de développer la maladie dans un groupe donné par rapport à tous les autres. Les estimations sont ajustées par année de naissance et par sexe. La largeur de l’intervalle de confiance (IC) de 95 % est fondée sur le nombre de cas dans chaque groupe (plus il y a de cas, plus l’intervalle est étroit).

 

Figure 2. Risque de diagnostic de cancer de la vessie chez les travailleurs employés dans chaque groupe professionnel par rapport à tous les autres, Système de surveillance des maladies professionnelles (SSMP), 1999-2016

Pour obtenir le rapport de risque, on divise l’estimation du temps moyen nécessaire pour diagnostiquer la maladie chez les travailleurs de chaque groupe d’industries/professionnel par celui nécessaire pour diagnostiquer la maladie chez tous les autres groupes pendant la période de l’étude. Les rapports de risque supérieurs à 1,00 indiquent un risque accru de développer la maladie dans un groupe donné par rapport à tous les autres. Les estimations sont ajustées par année de naissance et par sexe. La largeur de l’intervalle de confiance (IC) de 95 % est fondée sur le nombre de cas dans chaque groupe (plus il y a de cas, plus l’intervalle est étroit).

Tableau des résultats

Tableau 1. Surveillance du cancer de la vessie :  Nombre de cas, nombre de travailleurs employés, et rapports de risque dans chaque groupe d’industries

Code CTI* Groupe d’industries Nombre de cas Nombre de travailleurs employés Rapport de risque, HR (95% IC) †
1 Agriculture 132 35 109 0,81 (0,68-0,96)
2/3 Forêts, pêche et piégeage 55 10 720 0,63 (0,49-0,83)
4 Mines, carrières et puits de pétrole 229 23 218 1,03 (0,90-1,17)
5 Industries manufacturières 4 389 694 665 0,95 (0,91-0,98)
6 Construction 1 340 211 488 1,01 (0,95-1,07)
7 Transports, communications et autres services publics 1 305 197 483 1,13 (1,06-1,19)
8 Commerce 1 775 429 827 0,98 (0,94-1,04)
9 Finances, assurances et affaires immobilières 144 24 006 1,08 (0,92-1,28)
10 Services socio-culturels, commerciaux et personnels 1 995 600 255 1,01 (0,96-1,06)
11 Administration publique et défense 1 225 191 040 1,16 (1,09-1,23)
* CTI : Classification type des industries (1970)
† Risque de développer la maladie dans un groupe donné par rapport à tous les autres

 

Tableau 2. Surveillance du cancer de la vessie :  Nombre de cas, nombre de travailleurs employés, et rapports de risque dans chaque groupe de professions

Code CCDP * Groupe professionnel Nombre de cas Nombre de travailleurs employés Rapport de risque, HR (95% IC) †
11 Directeurs, administrateurs et
personnel assimilé
144 31 014 1,46 (1,24-1,72)
21 Travailleurs des sciences naturelles,
techniques et mathématiques
140 26 362 1,15 (0,97-1,35)
23 Travailleurs spécialisés des sciences
sociales et secteurs connexes
46 30 719 0,84 (0,63-1,12)
25 Membres du clergé et assimilés 0 129
27 Enseignants et personnel assimilé 135 48 509 1,13 (0,95-1,34)
31 Personnel médical, techniciens
de la santé et travailleurs assimilés
304 135 445 0,92 (0,82-1,04)
33 Professionnels des domaines artistique
et littéraire et personnel assimilé
48 14 997 1,25 (0,94-1,66)
41 Personnel administratif et
travailleurs assimilés
864 197 525 1,17 (1,09-1,25)
51 Travailleurs spécialisés dans la vente 500 148 202 1,28 (1,17-1,40)
61 Travailleurs spécialisés dans les services 1 615 371 226 1,11 (1,05-1,17)
71 Agriculteurs, horticulteurs et éleveurs 175 50 256 0,77 (0,66-0,89)
73 Pêcheurs, trappeurs et travailleurs
assimilés
<5 558
75 Travailleurs forestiers et bûcherons 61 10 709 0,73 (0,57-0,94)
77 Mineurs, carriers, foreurs de puits
et travailleurs assimilés
129 13 039 1,07 (0,90-1,27)
81 Travailleurs des industries de
transformation (minéraux, métaux, chimiques)
443 79 365 1,01 (0,92-1,11)
82 Travailleurs des industries de
transformation (aliments, bois, textiles)
454 99 347 0,95 (0,86-1,04)
83 Usineurs et travailleurs des
secteurs connexes
1 315 189 703 1,07 (1,01-1,13)
85 Travailleurs spécialisés dans
la fabrication, le montage et la réparation
2 075 328 689 1,02 (0,97-1,07)
87 Travailleurs du bâtiment 1 617 216 033 1,10 (1,04-1,16)
91 Personnel d’exploitation des transports 1 338 168 387 1,31 (1,24-1,39)
93 Manutentionnaires et travailleurs
assimilés, non classés ailleurs
786 153 278 0,98 (0,91-1,05)
95 Autres ouvriers qualifiés et
conducteurs de machines
205 28 349 1,16 (1,01-1,33)
99 Travailleurs non classés ailleurs 1 093 215 548 0,96 (0,90-1,02)
* CCDP: Classification canadienne descriptive des professions (1971)
† Risque de développer la maladie dans un groupe donné par rapport à tous les autres

Veuillez noter que nos résultats peuvent différer de celles que nous avons publiés ou présentés. Cela peut être attribuer aux définitions que nous utilisons pour identifier les cas, aux approches méthodologiques et le suivi en cours de la cohort dans le système de surveillance.